 Il y a des spécialités françaises dont on se passerait volontiers. Selon les derniers chiffres disponibles, 40,6 % des 55-64 ans (et seuls 12% des 60-64 ans) occupaient un emploi fin 2008. Le taux d’activité des seniors ne décolle pas. Cela fait de la France l’un des plus mauvais élèves de la classe européenne et rend hors d’atteinte l’objectif de 50% fixé par l’Union en 2010. Par ailleurs, on compte 17% de chômeurs de plus de 50 ans, avec un très mince espoir de réinsertion. « Un cadre senior reçoit sept fois moins de convocations à un entretien d’embauche qu’un jeune cadre », relève ainsi Marc Bernardin, vice-président d’A compétence égale, une association de 40 cabinets de recrutement engagés pour l’égalité des chances. Et encore, les cadres sont ceux qui tirent le mieux leur épingle du jeu. L’âge constitue aujourd’hui le principal motif de discrimination à l’embauche, avant l’origine du candidat. Pourtant, le financement des retraites dépend largement du maintien en poste des seniors. Pour inverser la tendance, les mesures incitatives et les campagnes de communication se multiplient depuis quelques années. Le gouvernement vient même d’instaurer une pénalité financière à l’encontre des entreprises peu volontaristes. Mais on se heurte à de gros écueils. Trente ans de préretraites massives ont créés des habitudes. « Si la situation des seniors n’évolue que marginalement, c’est parce que tous les acteurs, les entreprises, les syndicats et les salariés eux-mêmes, sont d’accord pour continuer à considérer les plus âgés comme une variable d’ajustement », explique Guillaume Huyez-Levrat, du Centre d’études de l’emploi (CEE). Un véritable consensus sur la sortie précoce du travail, conforté par l’idée que cela libère des places pour les jeunes. Avec le succès que l’on sait ! Et lorsqu’il s’agit de recruter des quinquas, les stéréotypes relatifs à l’âge pleuvent. Les seniors ? Pas assez adaptables, pas assez dynamiques, pas assez mobiles, pas assez créatifs, mauvais en anglais, trop chers… N’en jetez plus ! Certes, une timide (r)évolution culturelle émerge et quelques grandes entreprises, telles Areva, Axa, EADS ou Vinci, ont mis en œuvre des actions visant à maintenir les seniors en activité. Reste à savoir si la crise ne va pas faire voler en éclats les bonnes intentions et signer le retour aux vieilles recettes. « Le taux d’emploi des 55-64 ans n’est pas près de remonter dans le contexte actuel, alors que la France a échoué à redresser la barre ces dernières années », prévoit pour sa part Anne-Marie Guillemard, chercheuse et professeure à l’université Paris-V. Et pour cette spécialiste, qui conteste la pertinence des dispositifs segmentés par l’âge, c’est en anticipant dès 40-45 ans les problèmes d’employabilité que l’on améliorera l’activité des seniors. Ce qui signifie des efforts considérables en terme de formation continue, de développement des compétences et de gestion de carrières, en particulier pour les moins qualifiés. Ou quand des quadras bien formés font des quinquas efficaces et attrayants. Bien sûr, ce jeunisme pratiqué par les entreprises françaises est à l’image de notre société qui refuse de se voir vieillir. Mais, drôle de pays où, dans le même temps, le monde du travail se ferme à ceux qui ont franchi le cap de la cinquantaine et où l’on recule l’âge de la retraite.
M. Dampeyrou
La loi au secours des seniors : les nouveautés 2009
Sanctions financières pour les entreprises - A partir du 1er janvier 2010, les entreprises d’au moins 50 salariés n’ayant pas mis en place un accord ou un plan d’action pour l’emploi des seniors se verront infliger une amende égale à 1% de leur masse salariale. L’accord doit comporter des objectifs chiffrés de maintien dans l’emploi des salariés de plus de 55 ans et de recrutement de candidats de plus de 50 ans, et doit s’engager aussi sur l’amélioration des conditions de travail et la prévention de la pénibilité, l’accès à la formation, l’aménagement des fins de carrière, la transmission des savoirs et le développement du tutorat. Libéralisation totale du cumul emploi-retraite - Un salarié peut aujourd’hui cumuler sans restriction retraite et activité professionnelle. Ce cumul est autorisé dès l’âge de 60 ans, si l’intéressé justifie d’une retraite à taux plein, et à partir de 65 ans dans tous les cas. Relèvement progressif de l’âge de dispense de recherche d’emploi (DRE) - Les chômeurs indemnisés peuvent être dispensés de l’obligation de recherche d’emploi s’ils sont âgés d’au moins 58 ans en 2009, d’au moins 59 ans en 2010 et d’au moins 60 ans en 2011. S’ils sont non indemnisés ou perçoivent l’ASS (allocation de solidarité spécifique), la dispense est fixée à 56 ans en 2009, 58 ans en 2010 et 60 ans en 2011. La DRE sera supprimée en 2012, sauf pour ceux qui en bénéficient encore à cette date. Suppression de la mise en retraite d’office à 65 ans - La possibilité pour un employeur de mettre d’office un salarié à la retraite a été relevée à 70 ans. Avant cet âge, l’assentiment du salarié est désormais nécessaire, hormis dans certains secteurs ayant conclu un accord collectif (banque, industrie pharmaceutique…). Si un patron désire néanmoins se séparer d’un collaborateur de 65 à 69 ans, il doit passer par la voie du licenciement et justifier d’un motif réel et sérieux. |