 Longtemps méprisé par rapport aux embauches en CDI ou en CDD, le travail en intérim suscite depuis quelques années un véritable engouement. Alors qu’il était l’option en dernier recours pour beaucoup de demandeurs d’emploi, l’intérim devient, pour certains, un véritable choix de vie. Enquête.
Un marché de l’emploi difficile, qui recrute peu, ou du moins pas assez, des entreprises qui hésitent longtemps avant de proposer un CDI… Beaucoup de demandeurs d’emploi n’ont pas d’autre choix que d’accepter des CDD, même très courts, voire des missions en intérim. Dans l’attente de décrocher un CDI en bonne et due forme. Oui mais voilà, cette situation subie devient parfois une situation choisie. Résultat : selon une enquête BVA pour Manpower, 2 intérimaires sur 3 ont déjà refusé un CDI, et près d’un tiers d’entre eux déclarent avoir volontairement adopté ce mode de vie ! Avant de considérer l’intérim comme un «sous-travail», il faut donc convenir de ses avantages, qui sont sérieux, nombreux et répondent à une tendance forte du marché du travail. Cette tendance, on ne la retrouve pas qu’en France, loin de là ! L’intérim fait énormément parler de lui au Japon, aux États-Unis ou encore en Grande-Bretagne. Chez nous, le travail temporaire croît à un rythme solide (entre 2 et 3% par an). Il représente d’ores et déjà plus de 600 000 salariés (en emploi équivalent temps plein), et 6 450 agences ont réalisé l’an passé un chiffre d’affaires de plus de 20 milliards d’euros.
Salariés comme entreprises y trouvent leur compte Si certains choisissent de rester intérimaires, ce n’est pas un hasard. Au premier rang des avantages de l’intérim : le salaire. À poste équivalent, une différence de 20% est observée, qui correspond à la prime de précarité et à l’indemnité de congés payés. Mais les entreprises ne s’y trompent pas : elles choisissent de recourir aux intérimaires en cas de congés maternité, de vacance subite à un poste, de période de suractivité… Elles trouvent en ces travailleurs la réactivité, la disponibilité et surtout la souplesse dont elles ont besoin. Pas étonnant, donc, que les offres se multiplient et que les entreprises de tous secteurs aient, de plus en plus, une agence d’intérim dans leur carnet d’adresses. Cette souplesse est aussi un avantage largement revendiqué par les intérimaires. Elle correspond à un nouveau mode de travail où l’employé navigue d’entreprise en entreprise, prêt à changer à tout moment de cadre et de collaborateurs. Cette multiplicité de missions explique l’intérêt des jeunes pour l’intérim : elle leur permet de découvrir des entreprises différentes, avec leur manière de fonctionner, leurs exigences, leurs spécificités. L’intérim, qui «plombait» le CV il y a encore quelques années, peut aujourd’hui signifier une réelle curiosité, de l’autonomie et la capacité à s’adapter en toutes circonstances.
Des publics et des métiers divers L’intérim est aussi une solution privilégiée par ceux qui ont le plus de mal à décrocher un emploi : jeunes surtout, mais aussi seniors (voir encadré), jeunes mamans qui souhaitent réintégrer le marché de l’emploi... Le travail temporaire permet de gérer son temps de manière plus autonome, de tenir compte de ses priorités (famille, études, formation). Une souplesse plus difficile à obtenir dans un emploi «traditionnel». D’autre part, les emplois en intérim doivent être remplis et opérationnels tout de suite, sans nécessiter de formation particulière. Cela explique en partie que 35% des missions d’intérim sont effectuées par des jeunes de moins de 25 ans. Les missions sont nombreuses et, surtout, de plus en plus diversifiées. Le secteur de l’industrie a besoin en permanence de travailleurs temporaires (à grande majorité, des ouvriers), en particulier dans la construction. La banque, les métiers de la santé, l’hôtellerie, la restauration, les services aux entreprises… Concrètement, peu de secteurs échappent encore au phénomène intérim.
Un choix qui ne sied pas à tout le monde Il va de soi que l’intérim n’est pas une solution pour tous. Ce mode de travail reste précaire, instable, et la courte durée des missions ne permet pas de penser sa carrière à long terme. D’une manière générale, les avantages de l’intérim sont aussi ses inconvénients : changer souvent d’entreprise, c’est bien, mais cela ne permet pas de nouer des relations (professionnelles comme amicales) avec ses collègues ; naviguer de postes en postes permet de se construire un profil professionnel plus complet, mais ne permet pas une véritable continuité, ni de grimper dans la hiérarchie et d’accéder à des postes plus qualifiés. Plus qu’un mode de travail, l’intérim est donc un mode de vie, qui correspond à certaines personnalités, pas à toutes. Il est tout de même important de noter que plusieurs droits sont accordés aux intérimaires. Ils disposent ainsi du même droit à la formation qu’un salarié traditionnel (DIF, CIF, VAE, bilan de compétences), des mêmes droits en matière de chômage ou d’accident du travail, bénéficient de tarifs préférentiels pour leur mutuelle et peuvent être aidés par le FASTT (Fonds d’action sociale du travail temporaire) pour la location d’appartement, les prêts à la consommation, ou encore la scolarité de leurs enfants.
Nicolas Chalon – Tech & Co
Interview... L’intérim est plus intéressant pour les jeunes
Youri Bourdelat n’a que 25 ans mais connaît déjà bien l’intérim. Depuis quatre ans, et dans plusieurs villes du monde, il a choisi ce mode de fonctionnement, qui lui permet de travailler en conservant une entière liberté.
Comment avez-vous connu l’intérim ? J’effectuais déjà des missions temporaires dans des entreprises il y a quatre ans, quand j’étais encore à l’université. Cela me permettait d’avoir un revenu confortable pour vivre, et d’arrêter de travailler en période d’examens, par exemple. Mais c’est surtout en allant habiter à Londres que j’ai découvert l’intérim. C’était la solution la plus pratique pour trouver de petits jobs (manutention, mise en place d’évènements) rapidement et en quantité suffisante, même sans bien parler la langue. Au fur et à mesure que je progressais en anglais, je me suis vu confier des missions plus intéressantes, essentiellement dans la restauration. Aujourd’hui, je suis revenu à Paris, mais j’ai conservé cette manière de travailler.
Ne souhaiteriez-vous pas décrocher un CDI dans une entreprise ? Aujourd’hui, non, parce que l’intérim est bien adapté à ma vie. Je suis musicien et je passe beaucoup de temps en concert, en studio… Cela me procure une partie de l’argent dont j’ai besoin : si je fais moins de concert ce mois-ci, je ferai un peu plus de missions d’intérim, et inversement. Je suis libre d’adapter mon travail à mes besoins du moment et c’est un avantage considérable.
Comptez-vous continuer ainsi dans les années à venir ? On ne sait pas de quoi demain sera fait, et je ne tire pas un trait définitif sur les emplois traditionnels. Les missions que j’ai effectuées m’ont fait découvrir beaucoup de secteurs différents (restauration, banque, évènementiel, services postaux…) dont certains m’ont surpris. Cela permet de s’ouvrir l’esprit et de découvrir d’autres milieux, d’autres gens. Mais c’est vrai que l’intérim est, à mon avis, plus intéressant pour les jeunes ; quand on a des enfants, une maison, les choses ne sont pas aussi simples. Je continuerai l’intérim tant que ce sera adapté à mon mode de vie.
Intérim : une solution à l’emploi des seniors ?
Impossible d’y échapper tant le problème est discuté quotidiennement : le taux d’emploi des seniors en France est trop faible. C’est même la compétitivité du pays qui est menacée ! Dans ce cadre, les seniors cherchent de nouvelles manières de réintégrer le monde du travail. L’intérim en fait partie. 12% des intérimaires sont désormais âgés de plus de 45 ans, un nombre qui connaît une croissance supérieure à celle des autres catégories d’intérimaires. Mais il y a mieux : les seniors s’estiment en grande partie satisfaits de leur situation. Selon le PRISME (Professionnels de l’intérim, services et métiers de l’emploi, qui regroupe 550 entreprises de travail temporaire), 8 seniors intérimaires sur 10 déclarent bien vivre leur situation, et même 42% «très bien» ! Et c’est tant mieux, car selon les projections du Credoc, le nombre de seniors intérimaires s’élèvera entre 87 000 et 106 700 à l’horizon 2015.
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