 Le bout du tunnel ? Après une année 2009 très difficile où le secteur informatique a particulièrement souffert de la crise financière et économique (le secteur aurait ainsi perdu entre 7.000 et 10.000 emplois au cours de l'année), la reprise devrait être au rendez-vous cette année, notamment en matière d’emploi. Mais selon les observateurs et les syndicats, cette reprise devrait néanmoins être progressive et intervenir plus fortement au deuxième trimestre. Quelles seront les fonctions les plus demandées, comment se positionner pour un jeune diplômé ? Une chose est sûre : les recruteurs privilégieront les profils expérimentés.
Jusqu’à 25 000 recrutements Un certain vent de reprise a soufflé sur le secteur informatique depuis la fin de l’année 2009. Fin novembre, 29 700 informaticiens étaient à la recherche d'un emploi, soit une baisse de 0,67 % en un mois. Dans le même temps, le volume des offres d'emploi de cadres progressait, selon l'Apec, de 3 % par rapport à la même période 2008. Selon le Syntec Informatique (la chambre patronale du secteur), la situation de 2009 (des recrutements en baisse de 40 %) ne devrait pas perdurer. Mais selon l'organisation, il faudra tenir compte d'un décalage de 12 à 24 mois entre la reprise de l'activité et celle de l'emploi. Ainsi, le Syntec informatique prévoit 20 à 25 000 recrutements dans le secteur logiciels et services cette année, contre 40 000 tout de même en 2008, et 50 000 en période de croissance. D’une manière générale, les recrutements actuels devraient favoriser les profils expérimentés, immédiatement opérationnels. Si on se projette un peu dans l’avenir, les spécialistes tablent sur la création de près de 150 000 postes d’informaticiens d’ici 2015, auxquels vont s’ajouter les 58 000 postes laissés vacants par les départs à la retraite, soit un total de 207 000 postes à pourvoir dans les 10 prochaines années.
Quelles seront les filières les plus porteuses ? Chez les jeunes diplômés, ce sont les emplois techniques qui sont les plus nombreux. On citera par exemple les spécialistes des technologies, comme Java, J2EE, Open source, web 2.0 ou encore les experts du CRM (relation client) ou de la Business Intelligence, autant de secteurs où la demande est en hausse. Côté formations, les cursus Bac + 4/5 demeurent au top des priorités des recruteurs. Il faut dire que le degré de technicité est de plus en plus pointu. Les recruteurs exigent donc un solide bagage à la fois technique et linguistique. Néanmoins, la voie de l’apprentissage se développe dans les métiers de l’édition et chez les prestataires pour les étudiants de niveau inférieur à Bac + 4. Du côté des employeurs, la SSII reste la porte d’entrée principale du secteur. Dans ces entreprises, d'importants contrats sont régulièrement signés, et portent sur plusieurs années avec des prestations variées. D’où des besoins réguliers. Il faut dire que de plus en plus d’entreprises délèguent certaines activités importantes comme l'informatique à ces spécialistes (conseil en organisation ou en technologie, le paramétrage de progiciels, l'intégration de systèmes, l'infogérance ou encore la formation…). Par ailleurs, le fait que désormais les systèmes d'information constituent des éléments essentiels dans la stratégie de développement des entreprises favorise l’activité des SSII.
Bien débuter "Une fois le diplôme obtenu, il ne faut pas se jeter bille en tête sur le marché de l’emploi ", insiste Isabelle Bordas, consultante pour les jeunes diplômés à l'APEC (Association pour l'emploi des cadres), cité par le site Passion Informatique (www.passioninformatique.com). « Vous trouverez peut-être du travail, mais beaucoup de jeunes diplômés acceptent le premier poste venu et s'aperçoivent, après six mois, que ça ne leur convient pas. Prendre le temps de se poser des questions, même des plus évidentes, et y répondre soigneusement, c'est déjà poser les fondements indispensables à la construction d'un projet professionnel. Et c'est aussi la meilleure façon de vous mettre intelligemment en scène ».
Salaires stables 80% des salaires à l'embauche se situent dans une fourchette de 24 Keuros à 49 Keuros. Mais l'Apec relève des disparités en fonction des secteurs de l'informatique. Entre 2007 et 2008, la rémunération moyenne en informatique de gestion est passée de 33 à 35 000 euros. Une hausse due avant tout à une progression des hauts salaires. La tendance est inverse pour les postes en systèmes et réseaux. En effet, le salaire moyen à l'embauche en SSII (société de services informatiques) recule de 38 à 36 Keuros. Autre constat établi par l'Apec : la prime à l'expérience. Les candidats les plus expérimentés accèdent à l'embauche aux rémunérations les plus élevées. Un cadre de plus de 10 ans d'expérience perçoit en moyenne 50 Keuros quand un jeune diplômé avec moins d'un an d'expérience est rétribué lui 28 Keuros. Autre critère différenciant : l'activité au moment de la candidature. Les candidats sans emploi lors du recrutement sont les moins bien rétribués avec 32 000 euros, contre 38 000 euros pour les candidats déjà en poste. D'ailleurs les SSII ont consenti à des gestes pour attirer des professionnels en activité : leur rémunération moyenne à l'embauche grimpe de 36 à 38 Keuros. Enfin, on note une importante différence entre hommes et femmes. Ces dernières qui représentent 16% des recrutements en SSII, perçoivent en moyenne à l'embauche 31 000 euros, contre 36 000 pour un homme.
Olivier Chicheportiche
3 questions à... Christian William, chef de projet informatique
Comment se présente l’activité en 2010 pour le secteur informatique ? Le pire semble derrière nous. En effet, tous les indicateurs montrent que les entreprises recommencent à investir. Dans le matériel informatique mais aussi et surtout dans les projets d’envergure qui exigent des ressources humaines. Ces projets sont assez divers : applications, télécoms, mobilité… Reste que ces projets mettront un peu de temps à se concrétiser en emplois.
Quelles sont les perspectives pour les jeunes diplômés ? Difficile de répondre à cette question. D’un côté, la hausse de l’activité va doper les recrutements et les créations de postes. Mais les SSII ou les grandes entreprises sont prudentes et mettent l’accent sur des profils expérimentés. Il y a donc un risque que les jeunes diplômés ne profitent pas à 100% de cette reprise tant attendue.
Comment être repéré par un recruteur ? Il n’y a pas de formule magique. Mais les recruteurs mettent de plus en plus en avant la personnalité du candidat. Le CV n’est pas tout et la décision se fait souvent au moment d’un entretien téléphonique ou face à face. La motivation, le sens du service, la volonté de travailler en équipe sont des éléments déterminants. Un bon candidat doit également être capable de s’adapter aux changements. Pour évoluer dans cet univers, il faut être curieux. |