 Même si la définition du mot "senior" en ce qui concerne la population active reste encore mouvante, il est classique de parler des seniors pour les personnes âgées de plus de 50 ans. Or les seniors sont de plus en plus touchés par un arrêt anticipé d'activité. En effet, selon une étude réalisée par la DARES (Ministère du Travail et de l'Emploi) en octobre 2008 et portant sur l'année 2007, le taux d'activité décroît très rapidement avec l'âge, et ce dès 54 ans. Alors que 85 % des personnes sont actives à 53 ans, 44 % le sont à 59 ans, et seulement une sur quatre est encore présente sur le marché du travail à 60 ans. Cette étude laisse apparaître par ailleurs qu'à la fin de l'année 2007, près d'un homme sur cinq et d'une femme sur dix âgés de 55 à 59 ans bénéficiaient d'une mesure publique de cessation anticipée d'activité, sachant toutefois que les mesures de pré retraite sont de moins en moins courantes dans le secteur public.
Un taux de chômage supérieur pour les plus de 50 ans Même si cette réduction du taux d'activité après 54 ans n'est pas spécifique à la France, elle semble beaucoup plus rapide, en particulier pour les hommes, qu'elle ne l'est dans les autres pays européens. Ainsi, parmi les pays du nord et de l'ouest de l'Europe, la France est, depuis 25 ans, celui dans lequel le taux d'emploi des hommes âgés de 50 à 64 ans est le plus faible (moins de 60%). Cette exception française n'aurait rien de vraiment choquant si elle était économiquement et socialement supportable, ce qui n'est pas le cas au regard de la situation démographique actuelle de la France. Par ailleurs, l'inactivité des seniors est liée à une difficulté accrue, pour les personnes âgées de plus de 50 ans, à retrouver du travail, que ce soit dans leur secteur d'activité ou dans un autre secteur. En effet, selon les chiffres publiés par l'ANPE en août 2008, le nombre de demandeurs d'emploi âgés de 50 ans ou plus est en augmentation de 2,9% au mois d'août et de 0,3% sur l'année, alors que les autres classes d'âge ont bénéficié d'une amélioration de la situation de l'emploi sur la même période. En outre, les évolutions de carrière à partir de 50 ans sont souvent moindres, ce qui est assez démotivant pour les personnes concernées. Il en est de même pour les demandeurs d'emploi qui souhaitent se réorienter et changer de secteur d'activité après un licenciement. Autant de situations difficiles contre lesquelles le Gouvernement, ainsi que l'ANPE et les Assedics, tentent de lutter avec des mesures spécifiques en faveur de l'emploi des seniors.
... des mesures diversifiées Pour favoriser l'emploi des seniors, le Ministère de l'Economie ainsi que le Ministère du Travail envisagent plusieurs mesures incitatives, inscrites dans le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale pour 2009. Trois volets sont envisagés : 1°) Favoriser une gestion active des âges dans les entreprises et les branches par la conclusion d'accords en faveur de l'emploi des seniors Dans ce cadre, les entreprises de plus de 50 salariés et les branches professionnelles devront négocier et conclure avant la fin de l'année 2009 des accords favorisant l'emploi des seniors, ou à défaut mettre en oeuvre des plans d'action. Ces accords devront notamment prévoir des actions en matière de recrutement et de promotion des seniors, de formation et de développement des compétences, l'aménagement des fins de carrière (notamment modalités de travail à temps partiel), le tutorat et la transmission des savoirs et des compétences. Des pénalités seraient prévues pour les entreprises n'ayant pas conclu ce type d'accord.
2°) Favoriser le retour vers l'emploi des plus de 50 ans Cet objectif pourrait être obtenu en supprimant les limites d'âge dans la Fonction Publique et la mise à la retraite d'office dans le secteur privé, en relevant progressivement l'âge de Dispense de Recherche d'Emploi (DRE) et en accompagnant les seniors dans leurs démarches de recherche d'emploi, notamment dans le cadre de l'ANPE.
3°) Favoriser le maintien des seniors dans l'emploi Il s'agirait d'une part de faciliter le cumul entre pension de retraite et revenus d'activité pour les assurés ayant eu une carrière complète, et, d'autre part, de favoriser la prolongation d'activité des seniors en rendant la surcote (pourcentage versé aux assurés qui poursuivent leur activité professionnelle après 60 ans et au-delà de la durée nécessaire pour bénéficier d'une retraite à taux plein) plus attractive.
Des mesures qui ne pourront toutefois être mises en oeuvre au sein des entreprises que si la situation économique s'améliore et si les employeurs sont en mesures de conserver leur personnel senior et de promouvoir leur fin de carrière.
Carole REBOUL
Questions à ... Christine GOUASDON, Directrice Marketing ANPE
Que pensez-vous de la situation actuelle de l'emploi des seniors ? Les difficultés rencontrées par les seniors dans leur recherche d'emploi relèvent pour partie de représentations socioculturelles : place aux jeunes, moindre dynamisme... Les atouts du salarié de 50 ans et plus sont rarement mis en avant, à la différence de ses handicaps supposés ou avérés
Les personnes âgées de plus de 50 ans en situation de chômage ont-elles davantage de difficultés à trouver un emploi ? Le taux de chômage des seniors est de 5,1 %, ce qui est en-dessous de la moyenne nationale. Les difficultés rencontrées aujourd'hui par les seniors sont à la fois liées à un mode de gestion des ressources humaines qu'il faut faire évoluer et une approche culturelle sur la place des seniors dans l'emploi, leur productivité, leurs salaires plus élevés qu'un débutant, etc... Aujourd'hui, les séniors en recherche d'emploi sont confrontés à des idées reçues et des modes de gestion des ressources humaines qui ne leur sont pas adaptés.
L'ANPE a-t-elle mis en place des mesures spécifiques pour favoriser l'emploi des seniors ? L'ANPE a mis en place un plan d'action national en faveur des seniors. Il intègre 3 types d'actions : en direction des entreprises avec qui nous travaillons pour trouver des solutions de retour à l'emploi mais aussi de maintien dans l'emploi via la Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences ; en direction des demandeurs d'emploi seniors pour lesquels nous avons développé des services de prise en charge et de prestations spécifiques (un conseiller référent dès le premier mois d'inscription, un accompagnement personnalisé, un accompagnement à la création ou la reprise d'entreprise, un club de chercheurs d'emploi séniors...), et en direction des conseillers ANPE pour les sensibiliser et les outiller face à la discrimination dont les seniors peuvent faire l'objet face à l'emploi. Nous mobilisons également au maximum les contrats aidés pour favoriser leur retour à l'emploi.
Quels conseils donneriez-vous à une personne âgée de plus de 50 ans, qui souhaite retrouver du travail après un licenciement ou un changement de carrière ? Je lui dirais tout d'abord qu'elle a des atouts certains à mettre en valeur auprès des entreprises et qu'il ne faut pas négliger. Être senior, c'est avoir de l'expérience qu'il faut valoriser auprès des recruteurs. Une expérience dont l'entreprise profite, des savoir-faire qui pourront être transmis. Intégrer un senior au sein d'une équipe va être un élément d'équilibre et de stabilité. Enfin il est important dans sa recherche d'emploi de ne pas rester isolé(e). Des dispositifs existent pour valider des compétences, pour valoriser une expérience (VAE), pour activer des réseaux et dynamiser sa recherche d'emploi (Clubs seniors).
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